ET TOI....
1er Extrait Page 88 :
Papa me donne rendez-vous dans un restaurant chinois sis à deux minutes du 250 mètres carrés familial pour discuter…
Nous en sommes au dessert. Mon père boit un café tandis que ma fille, assise sur mes genoux, trempe ses doigts dans ma coupe de lychees.
- Elisabeth, tu sais que j’ai connu Françoise pendant que toi tu étais au Maroc.
- Bien sûr que je le sais. Elle vivait déjà avec toi lorsque je suis revenue.
- Tu nous as fait de belles conneries lorsque tu avais dix-huit ans Suivre un voyou en cavale, Y a pas idée tout de même !
- Je sais papa, mais il y a prescription depuis le temps, non ?
- Il n’y aura jamais prescription ma fille. Tu crois qu’une affaire pareille ça s’oublie comme ça ?
- J’ai payé papa et puis tu sais bien que je ne suis pas partie pour vous embêter. J’étais amoureuse, j’étais jeune…
- Je n’ai pas l’impression que tu te rendes bien compte de la situation Elisabeth. Françoise a dû supporter toutes les retombées de cette affaire lorsqu’elle m’a rencontré. Je ne tiens pas à lui imposer quoi que ce soit à présent.
Elle a vingt ans de moins que moi tu sais ! Je n’ai pas envie de la perdre
Je suis mal à l’aise sur ma chaise. Je baisse la tête et fais des bisous dans le cou de ma petite fille, comme pour me protéger…
- Papa, j’ai trente ans. Mes conneries, mes sorties tout ça c’est loin derrière. Cela fait des années que je me suis rangée. J’ai un enfant ! J’ai ma petite puce…
L’air hagard j’attrape un lychee avec les doigts et le dirige vers la bouche grande ouverte de ma fille. Je rate l’entrée et le lychee atterrit sur le carrelage. Maëlle rigole. J’essaie de maîtriser mon envie de rire. Mon père, lui, ne rit pas.
Je me racle la gorge.
- Ecoute, on ne vient pas s’installer chez toi. Il nous faut juste un toit en attendant que je trouve quelque chose, c’est tout !
Mon père ne répond pas et sort son porte monnaie pour payer l’addition.
- C’est pourtant toi qui m’as dit de venir…
- Eh bien disons qu’entre temps, j’ai réfléchi...
Pourquoi tu ne vas pas chez ta mère ?
- Euh, je te rappelle que maman habite Chantilly. Pour trouver un appartement sur Paris…
Vu la mine que fait mon père, je sens bien que la discussion est close et puis je n’ai plus envie d’insister.
- Si tu veux je te paye une chambre d’hôtel.
- Non, je me débrouillerai.
Touchée, coulée. Fin du rêve. Fin des retrouvailles.
Je n’ai pas le choix, je téléphone à Stéphane, un copain de longue date qui est commercial à Paris. Il réside dans une piaule au sixième étage d’un petit hôtel meublé. Petite chambre minable avec juste un lavabo… Je débarque avec ma fille, nos valises et ma lassitude.
2ième extrait page 216 Troisième séjour à l'Ile de la Réunion
:
When a man loves a woman.
Il fait quoi mon prince charmant ? Il doit encore trinquer avec les mariés.
Cet après midi avec Christelle, Ghislaine et sa sœur Alicia, on a préparé la salle de bal pour une copine qui se marie. Grande salle blanche avec néons au plafond. Tables à rallonge avec assiettes et verres en carton. Guirlandes de fleur en papier sur les murs. Typique Réunion. Ca me change des boites de nuit à Paris. Mais bon, je m’adapte à tout moi.
Les festivités ont commencé à vingt heures. Il est vingt deux heures et assise sur ma chaise d’écolier, j’ai déjà mal aux fesses. On a eu le droit au punch, aux chips, aux bouchons et aux samoussas. Reste plus qu’à manger le carry poulet avec son rougail tomate et à attendre la pièce montée.
Elle est superbe la mariée avec sa robe longue pellucide. Elle irradie de bonheur. Visage et corps de rêve, Nina, ma belle réunionnaise aux dents longues, vient d’épouser un riche pisciculteur de son âge ; trente cinq ans. Même pas un vieux non ! Je ne sais pas comment elle a fait pour se dégoter ce superbe blond d’origine allemande. Moi, je sors avec mon peintre en bâtiment. Les manuels, ça me connait…
Lorsque ma mère est venue me voir le mois dernier à la Réunion, elle a failli s’évanouir sur place.
- Je repars en France ! Mais enfin Elisabeth, comment peux-tu sortir avec un….. avec un truc pareil !
- Voyons maman, je ne vais pas l’épouser. Je suis bien avec lui, c’est tout.
Maman enroulée dans son paréo en soie sauvage est toute rouge, elle ne comprend pas mon obstination à ma taper des sous alimentés intellectuels – ce sont ses mots- .
- Tu mérites mieux que ça quand même ! Tu es jolie Lili, tu as de la classe. Regarde-le, il ne ressemble à rien ton illettré d’escogriffe !
Elle exagère - comme toutes les mères - mais dans un sens je sais qu’elle a raison. Max, BEPC en poche, aime boire, jouer aux dominos et draguer tout ce qui bouge. Aucun avenir possible !
Max vient enfin m’inviter à danser un slow. Je le trouve beau moi, mon peintre au crâne rasé avec toutes ces tâches de rousseur qui lui couvrent le visage. Certes ce n’est pas avec lui que je vais discuter littérature, mais j’aime faire l’amour avec lui, j’aime sa joie de vivre, sa désinvolture. A force d’entendre mes copines me dire que je suis trop exigeante, j’ai comme d’habitude opté pour le dernier de la classe.
J’ai rencontré Max dans une discothèque de St Pierre. Ce soir là Christelle, Ghislaine et ses copines étaient venues me chercher d’office.
- Non vraiment les filles. Les boites, j’en ai un peu marre !
On est jeudi, le night club est désert. Chouette, j’ai bien fait de sortir. Je m’assois sur un tabouret et tout à coup un ange blond saute au milieu de la piste vide.
Il est grand, costaud et son sourire lui fend tout le visage. Une vraie tête de chérubin. Il ouvre ses bras comme pour danser Zorba le Grec et radieux entreprend quelques pas de Maloya.
Un vrai spectacle, un plaisir pour les sens, une bouffée de fraîcheur.
Je suis vissée sur mon fauteuil.
Le chérubin est en nage. Son tee-shirt noir lui colle à la peau. Hum…
Il sort de la piste et va commander un verre au bar. Je ne comprends pas ce qu’il dit. Il doit être allemand.
- Mais non, me dit Ghislaine. Il est d’ici. C’est ce qu’on appelle un petit blanc des hauts.
Pourtant, depuis le temps que je viens à la Réunion, je le comprends moi le créole.
- Dans les hauts de l’île, ils parlent en avalant la moitié des mots, c’est pour ça que tu ne comprends rien ma chérie !
Allemand, créole, yougoslave, je m’en fous moi. Je suis sous le charme.
L’étranger me regarde du coin de l’œil, me sourit et se plante avec son jean et le reste devant moi.
- Vous dansez ?
- Euh, non, je ne crois pas, dis-je en lui désignant son polo trempé.
Il rigole en me tendant la main. Son odeur ma chatouille les narines, me titille ma libido endormie.
Je saisis sa main, il me plaque contre lui et nous nous envolons pour un zouk
« collé serré ».
Au bout d’un quart d’heure, je suis lessivée cuite. L’air hagard je rejoins mes copines.
- Il serait peut-être temps de rentrer…
Temps de se sauver surtout. Je fais un signe de la main à mon danseur qui continue à virevolter sur la piste et nous sortons.
Je mets le contact, je démarre. Un visage apparaît dans l’encadrement de la vitre ouverte, un bras se pose sur la portière. C’est lui.
- Puis-je espérer un numéro de téléphone !
Retour au mariage.
Avec son jean et son polo Marcel, Max reluque la belle Nina du coin de l’œil, le Champomi bat son plein, ça sent le graillon et les chapeaux de clown nous tombent sur le crâne.
Après deux ou trois slows, le cousin de la mariée aux platines nous balance un zouk secousse.
Max, en pleine forme et dans son élément, me fait tourner de plus en plus vite. Je marche sur ma robe longue mauve imitation taffetas qui m’a coûté la peau des fesses, je manque de me casser la gueule, mon chapeau de clown passe sur mon oreille droite. Je sais, le ridicule ne tue pas.
Commentaire de JP : Ce n'est pas la "ptite Lili", et ce n'est pas une petite vie... c'est grand comme au cinéma, et en vrai,
bien mieux qu'au cinéma.
Meme si elle m'énerve un peu, Lili, à toujours casser ses histoires et ses hommes. Mais bon, il me semble que la plupart devaient le mériter, et faire semblant ce n'est pas le genre de
la maison... Ta deuxième vie commence, ne changes pas trop, mais racontes-nous tout!
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